CUA : l’intention pédagogique est au coeur de notre enseignement

Nancy Granger a donné une conférence pour Nantes Université, le 10 décembre 2025. Nancy Granger est spécialiste de l’école inclusive. J’animais de mon côté une formation, mais la conférence a été enregistrée (merci de l’avoir mise à disposition de toutes et tous !). Voici donc ma recension de cette conférence introduite par Marie Toullec.

Avant tout, voici le lien : la conférence.

Madame Granger a commencé par préciser que sa conception de la CUA peut ne pas être consensuelle, car c’est un concept en mouvement.

L’inclusion

Avant d’arriver au concept de CUA, il faut parler de l’inclusion. On sait, par la recherche, que la perspective de l’inclusion existe depuis longtemps. Mais entre idéologie et actualité, comment faire pour que l’inclusion soit une réalité sur le terrain ? La notion d’inclusion est souvent liée à la participation sociale des personnes, et justement à l’école les pédagogies inclusives sont souvent associées à la participation active de l’élève dans son apprentissage.

L’inclusion en matière éducative, ce n’est pas seulement le fait de rendre possible l’accès à l’école. C’est aussi mettre en place des espaces d’apprentissage et des pédagogies de qualité, qui permettent aux élèves de s’épanouir, de comprendre leurs réalités et d’oeuvrer à une société plus juste.

La conception universelle des apprentissages

Sur la CUA, le site de référence c’est cast.org

Le pouvoir d’agir est important pour les élèves bien sûr, mais aussi pour les acteurs de la communauté scolaire : c’est sentir qu’on dispose de stratégies pertinentes pour amener autrui à avancer, mais aussi ouvrir notre propre champ des possibles. Je trouve cela très important, car en effet les enseignants qui demandent de l’aide (des formations, un accompagnement) sur la CUA (même s’ils ne la nomment pas forcément) sont en difficultés car ils se sentent frustrés de ne pas construire comme ils le voudraient, de ne pas se sentir aussi efficaces qu’ils y aspirent. Ce pouvoir d’agir est au coeur de notre métier, en fait. Il en est un véritable carburant.

Nancy Granger a précisé qu’il est important qu’au travers de l’interprétation en actes de chacun quant à la CUA, il faut garder intactes, claires et rigoureuses nos interprétations et nos intentions pédagogiques. Il faut aussi avoir une grande acuité pour comprendre nos élèves, leurs cheminements, les obstacles des tâches proposées, leur capacité d’engagement, etc.

Nancy Granger a présenté cette infographie du CSE :

Elle voit un problème dans la phrase entourée en bleu : toute idéologie se confronte à des réalités. On a beau inclure, il faut aussi être capable de s’interroger sur la planification de cette inclusion.

Un intérêt de cette infographie est de distinguer l’inclusion scolaire avec l’éducation inclusive, ce qui est la tendance actuellement recherchée. La CUA est là, dans la dernière colonne en vert. On est au-delà d’être en mesure de participer aux activités d’apprentissage : c’est une mission plus large, de dimension sociétale.

L’environnement capacitant pour agir sur les obstacles de l’apprentissage

On est toujours dans le domaine de la CUA, en fait, mais je consacre un paragraphe à cette notion car je la crois importante en elle-même. L’environnement capacitant est, comme la CUA, une notion qui vient de l’architecture et de l’ergonomie. Il est lié directement avec le principe d’éducabilité et est défini par 3 critères :

  • Préventif : on détecte et on prévient les risques. On opère une planification. Ce peut être l’espace dans la classe pour que circule un fauteuil roulant, ou bien la nature des lectures qu’on donne à étudier ;
  • Universel : on vise le « tout le monde ». Comment aborder la diversité dans un tout accessible à tous ? On se situe entre le spécifique et le générique ;
  • Développemental : on augmente le potentiel, la capacité d’action, l’autodétermination des individus.

Ces 3 critères permettent d’analyser si notre environnement forme un contexte favorable aux individus. Toute la question est de nous interroger : mettons-nous en oeuvre, en actes, ce à quoi nous croyons ?

Egalité, équité ou accès universel ?

Au-delà de ce que montre ce dessin, l’accès universel vise la participation des personnes et non seulement le fait d’assister à quelque chose.

La différenciation pédagogique et l’individualisation

Lorsqu’on adapte à un élève une tâche pour lui en donner l’accès, on risque de la modifier au sens du niveau atteint. Et ça, c’est vraiment problématique : comment l’élève pourra-t-il être réintégré dans l’enseignement ou la tâche ordinaire, comment pourra-t-il évoluer dans le système scolaire et s’intégrer sur le marché du travail ? Il faut être flexible, et on peut adapter, mais il faut réfléchir à ce qu’on adapte :

Idéalement on agirait sur tout, mais commencer par s’intéresser à une des composantes de l’infographie ci-dessus est déjà une avancée.

Le mot « flexibilité » fait réfléchir Nancy Granger : quelles sont les flexibilités qu’on peut mettre en place ? Pour elle, c’est le coeur de la CUA.

Soutenir l’apprentissage de tous les élèves

Plutôt que de courir dans tous les sens dans la classe ou d’avoir des tas de sollicitations d’élèves, nous pouvons nous interroger : que se passe-t-il ? pourquoi autant d’élèves sont-ils en demande d’aide ou de réassurance ? Il est raisonnable de viser des moments où nous sommes « bras croisés à observer » comme indicateur de succès.

La planification est très importante. Apprendre n’est pas forcément douloureux ou ennuyeux. Planifier et transmettre cette planification permet de rendre les élèves plus autonomes, plus motivés, plus autodéterminés. Ils développent plus de plaisir d’apprendre.

Donner des rétroactions est crucial également, et des rétroactions qui ne soient pas négatives ni qui dévaluent. On ne peut pas enseigner par l’évaluation, mais en dressant un véritable plan d’apprentissage.

Encourager est utile, mais pas pour n’importe quoi, ni avec excès. les élèves comprennent si nous en faisant trop et ce n’est pas productif. Ils risquent de donner moins de valeur à notre jugement, par la suite.

Quand les élèves perçoivent que ce n’est pas grave de se tromper, ils acceptent davantage de procéder par essais-erreurs, ce qui stimule la réactivation de connaissances et de compétences acquises antérieurement.

Déterminer son intention pédagogique

L’intention pédagogique est au coeur de notre enseignement : que voulons-nous faire apprendre aux élèves aujourd’hui ? L’acuité pédagogique et didactique de l’enseignant entre en jeu pleinement.

Il s’agit de bâtir des stratégies. Si nous sommes surchargés, fatigués, surmenés, c’est que notre écologie professionnelle a des manques. Mais c’est d’autant plus difficile à ce moment-là d’être lucide et constructif. Tout est une question d’équilibre, entre le travail du contenu, le travail de la relation enseignant-élève… Pas facile, d’autant que d’une année à l’autre tout change car nos élèves changent.

La CUA est une idéologie pour nous faire marcher vers l’horizon, pour tendre vers elle et progresser dans notre enseignement.


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