Dans le cadre de la mission de prévention et de lutte contre la vulnérabilité scolaire, dans l’académie de Normandie, je participe à la construction d’une nouvelle modalité : formateur en résidence. Comme c’est encore en construction, tout ce que j’écris ici n’engage que moi et ne relève pas d’une modélisation institutionnelle.
À mon sens, « formateur en résidence » inclut une dimension importante d’accompagnement. Cela fait un moment que je pratique l’accompagnement en formation, auprès de collègues ou de groupes de collègues : c’est ce que nous faisions beaucoup avec mes collègues formateurs lorsque j’étais formatrice REP+, c’est aussi ce que j’ai fait de façon intensive lorsque j’ai été RMA (référente mathématique académique dans le cadre du plan Villani-Torossian). J’ai d’ailleurs formé à l’accompagnement du RMC (référent mathématique en circonscription) au plan national de formation, et j’ai aussi travaillé sur le concept pour mon mémoire de DU « passeurs en éducation ».
Je crois à l’efficacité de l’accompagnement en formation pour plusieurs raisons :
- l’accompagnement permet de comprendre le contexte et qui sont les collègues accompagnés, au moins professionnellement, voire plus. on est forcément plus efficace quand on comprend ce qui se passe et pourquoi, en écoutant ce qui se dit, ce qui ne se dit pas et ce qui est tu. Je pense que chacun agit pour de « bonnes » raisons (même quand cela mène à des échecs ou relève d’erreurs), au sens où ces raisons sont peut-être absconses pour autrui, mais elles proviennent d’un cheminement retraçable, justifiable. L’accompagnement me permet d’entrer dans la logique des accompagnés, sans jugement, sans ingérence, mais de sorte que je comprends, et que j’ai les moyens d’agir de façon plus éclairée, dans une démarche très analytique ;
- l’isomorphisme me semble très puissant pour former : être dans la classe, participer à la construction, voire au déploiement de l’enseignement en se concentrant sur le point à travailler permet de « ramener le réel », comme on dit à l’Ifé. C’est aussi un moyen d’axer anthropocentrisme plutôt que technocentrisme (à la Rabardel). On partage les préoccupations, le vécu, les obstacles, les réussites, bref on co-construit ;
- La posture du formateur en accompagnement est très différente par rapport à d’autres types de dispositifs de formation, justement parce qu’il y a isomorphisme. C’est important, car comme le dit Vial la posture établit un contrat implicite avec l’autre. Et le contrat établi par l’accompagnement est fondamentalement différent du contrat établi en formation « frontale ». Elle est particulièrement responsabilisante pour les formés, à mon sens ;
- Enfin, l’accompagnement postule qu’on fait un bout de chemin avec des professionnels qui sont déjà en mouvement (lire à ce sujet Maëla Paul ou Louise Lafortune), qui ont amorcé ou se sont engagés dans un changement. Je trouve ceci très important car le respect pour la professionnalité des accompagnés fonde ma posture à moi.
Pour autant, l’accompagnement ne peut pas fonctionner seul : on lui oppose souvent le contrôle (en termes de postures, là encore chez Vial par exemple).
Dans la logique de contrôle ou de guidage, on voit, on pilote et on conduit : on surplombe (pour être objectif), on privilégie l’opérationnel, on planifie et on programmer (et de ce fait ça fonctionne, il se passe quelque chose concrètement), on améliore et on certifie (ce qui apporte de la valeur objective, ce qui est important pour les formés).
Dans la logique d’accompagnement, on questionne, on valorise et on impulse : on contextualise, on privilégie le relationnel et les interactions, on synthétise, on étaye, on réoriente.
Michel Vial disait :
Être en tension c’est être en dynamique. Au lieu d’y voir un défaut, voyons-y une ressource.
Le contrôle est nécessaire, parce qu’il stabilise.
L’accompagnement est essentiel, parce qu’il permet l’échange.
Les deux sont utiles, il n’y a pas à choisir. Au moment où le formateur évalue une situation, il choisit entre vérifier la conformité et rendre intelligible ce qui importe. Ce n’est pas le même travail ni les mêmes opérations. Le formateur doit effectuer un choix, et un choix ferme et explicite.
Michel Vial
Ainsi, il faut aussi des composantes de contrôle, pour rendre opérationnel et conforme. Cela aussi fait partie du métier de formateur. Une fois cette structuration réalisée, l’accompagnement permet de travailler le qualitatif.

Et justement, « formateur en résidence » me semble être un dispositif qui peut agréger les ingrédients de l’accompagnement et ceux du guidage. Inspiré de l’artiste en résidence, c’est une modalité que je trouve très concrète, ancrée dans la réalité de l’enseignement. Sur le site de la FRAAP (Fédération des réseaux et associations d’artistes plasticiennes et plasticiens), une résidence artistique est définie ainsi : elle permet à un artiste-auteur de consacrer un temps de création en dehors de son cadre de vie et de travail habituel, dans un espace de travail mis à sa disposition, ainsi qu’un hébergement, un accompagnement et des moyens financiers. Excepté pour l’hébergement, car rentrer chez moi c’est bien, je vois bien la translation vers formateur en résidence. L’artiste en résidence structure, renforce, développe. Le formateur en résidence aussi.
Différentes modalités ou différents concepts gravitent autour de l’accompagnement : le tutorat ou l’ami critique, par exemple. Mais » formateur en résidence » est une dénomination plus explicite, une idée qui me semble apporter des éléments différents par rapport à ce qui a pu exister : le mot « formateur » affirme le rôle, le statut, la professionnalité et l’ancrage institutionnel (ce que ne permettait pas « ami critique », par exemple). D’autre part, l’adjonction de « en résidence » pose comme élément constitutif que le formateur va là où se déroule l’action qu’on étudie, sur laquelle on s’interroge, à l’endroit où existe une demande, un besoin.
Ça me parle, « formateur en résidence ». J’y donne du sens. Mais je continue de réfléchir.
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