Lors de la journée ATD Quart Monde « École et grande pauvreté : lutter contre les discriminations – Croisement de regards sur une recherche participative », à l’Académie des Sciences le 24 janvier 2026, Etienne Ghys a introduit la journée, en tant que secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences. Il a axé son propos sur une interrogation : quels sont les rapports entre la science et la pauvreté ?
On présente souvent la science comme un levier de réduction de la pauvreté : elle contribue à de meilleurs soins, au progrès de façon générale. Mais la réalité est plus complexe et la situation historiquement autre : la science a longtemps été du côté des puissants, des élites. Faire de la science supposait du temps libre, une bonne éducation, des réseaux, et elle s’est donc construite, de fait, sur des bases socialement sélectives.
La science a ainsi contribué à renforcer les écarts. Qu’en est-il aujourd’hui ? Un rapport intitulé « Quelle démocratisation des grandes écoles depuis le milieu des années 2000 ? », publié par l’Institut des politiques publiques (IPP) en janvier 2021 indiquait qu’en 2017 les étudiants des grandes écoles n’étaient que 9 % à être issus de catégories socioprofessionnelles défavorisées, comprenant les ouvriers et les personnes sans activité professionnelle, alors qu’ils représentaient plus d’un tiers de l’ensemble des jeunes de 20 à 24 ans. Dans les 10 % d’écoles les plus sélectives, les enfants d’ouvriers ou de chômeurs étaient deux fois moins nombreux (5 %). Quant aux enfants d’employés, d’agriculteurs, d’artisans ou de commerçants, ils constituaient 18 % des effectifs des grandes écoles contre 27 % des jeunes de 20 à 24 ans. Même si ces statistiques datent un peu, la situation actuelle n’est pas arrivée à un équilibre.

Ainsi, et comme l’a rappelé Etienne Ghys, force est de constater que travailler dans ou à la science plonge dans un monde d’une grande compétitivité, dont l’accès dépend des conditions sociales de départ. Le manque de temps, le manque de stabilité, le manque de confiance aussi, empêchent l’accès à la science.
Et si on imaginait une science moins centrée sur l’individu mais plus sur le partage ? Si collectivement nous pensions une science qui prend le temps d’écouter et de réfléchir ensemble, un espace commun de réflexion et de dignité, y compris dans la pauvreté ? Mais pour cela, il faut déjà accepter le propos, l’interrogation, et étudier la question, avec lucidité et humilité.
Etienne Ghys a eu cette conclusion :
Si la science veut rester fidèle à ce qu’elle prétend être, si elle veut continuer de se prétendre universelle et fraternelle, elle doit absolument accepter de se laisser interroger pour accepter de se transformer.
Etienne Ghys, journée ATD Quart Monde « École et grande pauvreté : lutter contre les discriminations – Croisement de regards sur une recherche participative », à l’Académie des Science le 24 janvier 2026

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