C’est la question posée dans une note du CSEN parue en janvier 2026.

En 1960, 52 % des élèves étaient en retard à la fin du CM2. En 1970, ce taux s’élevait à 45%. Plus de 20 % des élèves d’alors redoublaient le seul cours préparatoire. Le redoublement était vu comme l’unique moyen de remédier à la difficulté scolaire. Aujourd’hui, le redoublement n’a pas disparu : à 15 ans, 11% des élèves ont redoublé au moins une fois. On redouble davantage lorsqu’on est issu de classes sociales modestes ou défavorisées (La pauvreté en héritage : l’école comme levier d’action, ou École et grande pauvreté : lutter contre les discriminations, ATD Quart Monde par exemple).
Et pourtant, la recherche a évalué depuis un bon moment les effets du redoublement. Ce n’est pas simple à mesurer, car il faut réussir à savoir ce qui ce serait passé sans redoublement, pour des élèves qui ont redoublé. De plus des dispositifs spécifiques peuvent se greffer à la question, comme des dispositifs de soutien pour des élèves qui ne redoublent pas, ou des suivis dédiés à des élèves qui redoublent. Toutefois, il y a consensus : le redoublement n’a pas de bénéfices, en moyenne, pour les élèves redoublants. Lorsqu’il y a progrès, ils sont faibles et peu durables. Une « littérature récente particulièrement robuste » met en évidence des effets négatifs du redoublement à long terme : il impacte le décrochage, en l’augmentant significativement, diminue les chances d’obtenir un diplôme et impacte négativement l’entrée dans la vie professionnelle.

Les auteurs de la note du CSEN évoquent l’effet de « menace » du redoublement : certains acteurs de la scolarité des élèves voient encore dans le redoublement une menace incitant les élèves à augmenter leurs efforts pour ne pas redoubler. C’est méconnaître les ressorts de la motivation, et cela en fait une erreur stratégique (en plus d’une erreur éthique, à mon sens). Un autre bienfait supposé du redoublement serait de favoriser les conditions d’apprentissage en permettant une plus grande homogénéité des niveaux dans les classes, puisqu’on en extrairait des élèves en difficulté. Là encore, c’est une erreur : on sait aujourd’hui que l’hétérogénéité est vecteur de plus grande réussite pour toutes et tous, et de toutes façons dans l’école pour tous l’homogénéité est une chimère.
La note du CSEN se conclut ainsi :
Ainsi, à l’heure où les défis éducatifs (décrochage, inégalités, adaptation aux besoins individuels) sont immenses, le redoublement n’apparaît plus comme une solution pertinente. La disparition progressive du redoublement en France est donc une bonne nouvelle, mais elle doit s’accompagner d’un renforcement des alternatives (tutorat, pédagogies adaptées) pour garantir qu’aucun élève ne soit laissé pour compte.
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