La nouvelle exposition temporaire du Musée National de l’Éducation (le Munaé à Rouen), s’est ouverte le 10 avril 2026 et est visible jusqu’au 3 janvier 2027. Elle s’intitule : Enfants et alcools : normes, éducation, prévention. Avec mon mari, nous avons fêté notre premier jour des vacances de printemps en allant la visiter (hé non, nous ne faisons pas semblant d’être profs… 🙃 ), et nous avons bénéficié d’une visite guidée par Kristell Gilbert..

Cette exposition a pris naissance dans les travaux de Victoria Afanasyeva, historienne qui a particulièrement travaillé sur l’histoire des mouvements antialcooliques en France entre 1835 et 2013, et dans les apports lors d’un colloque et d’une rencontre-débat organisés par le MUNAE.

Les rapports à l’alcool sont contradictoires depuis bien longtemps : alors que l’alcool était identifié comme délétère pour la santé par la science, les enfants à l’école avaient accès à de l’alcool au déjeuner. Le regard porté sur la consommation d’alcool était très inégal : l’ouvrier qui boit était un alcoolique irresponsable, improductif et menant sa famille à la perte, alors que le bourgeois pouvait consommer son apéritif quotidien et festoyer plus que de raison sans que cela ne soit socialement aussi connoté. Et puis il y avait alcool et alcool, à l’époque : le vin, le cidre et la bière sont des boissons de consommation courante, pas spécialement mal vues, quand les liqueurs (l’absinthe en tête) étaient décriées. Côté scolaire, les enfants de 2 à 6 ans ne peuvent plus amener d’alcool dans leur panier-repas du midi à partir de 1916. Il faut attendre 1956 pour que la loi interdise aux enfants de moins de 12 ans de boire du vin, et 1981 pour que les jeunes de 12 à 18 ans n’aient plus droit au vin dans les cantines.

Les lobbys des boissons alcoolisées oeuvrent d’arrache pied, alors, pour continuer de donner envie et accès à l’alcool. L’alcool rendrait fort, joyeux, viril, sociable, et, malgré les connaissances déjà assurées, ne nuirait pas tant que cela à la santé. Tout absurde que ce soit, une des personnes qui participait à la visite guidée de samedi m’a expliqué que bon, quand même, ce n’était pas prouvé que l’alcool nuisait tant à la santé, et que consommé avec modération, cela pouvait prévenir l’apparition de cancers, selon « des études ». Alors en fait, non.

Mais c’est vrai, l’alcool continue d’être associé, dans bien des occasions, à la jovialité. Tout cela a évolué : on me disait il y a encore vingt ans que je n’était pas drôle, on essayait de me forcer la main pour accepter de l’alcool, et ce n’est plus le cas aujourd’hui. Chez les jeunes, l’alcool fait maintenant partie clairement des sources d’addiction, éducation à la santé aidant. La consommation d’alcool a d’ailleurs considérablement changé chez les jeunes : ce sont les plus de 65 ans qui consomment en majorité du vin régulièrement. Chez les jeunes de 17 ans en 2017, plus de 85% avaient déjà expérimenté la consommation d’alcool, et 8,4% avaient une consommation régulière (au moins 10 fois dans le mois). 30% des consommations d’alcool avaient eu lieu en présence des parents et 44% des jeunes interrogés déclaraient une alcoolisation ponctuelle importante dans le mois. Chez les élèves de 4e, cette proportion s’élevait à 20%1. Mais les expériences alcooliques ont baissé jusqu’au début des années 2020, avant de remonter un peu.

L’alcool fait toujours l’objet de publicités, « à condition qu’elle n’incite pas le public à sa consommation »2 (vous noterez l’absurdité de cette citation, étant donné qu’on parle publicité), dans la presse écrite (sauf dans la presse jeunesse), à la radio (aux horaires durant lesquels les enfants ne sont pas susceptibles d’être à l’écoute), sur les affiches et par publipostage ou tracts, et sur les sites internet qui ne sont pas à destination des mineures ou liés au sport. C’est particulièrement problématique au travers des réseaux sociaux, sur lesquels des influenceurs promeuvent l’alcool en lien avec leur image. En janvier 2023, le Tribunal Judiciaire de Paris a condamné Instagram et le groupe META à retirer des publications faisant la promotion illicite de l’alcool : “les influenceurs poussent à la consommation d’alcool en associant le(s) produit(s) présenté(s) à leur image positive.” Mais combien ne sont pas condamnés ni stoppés dans leur démarche ?











- https://www.drogues.gouv.fr/lessentiel-sur-les-jeunes-et-lalcool#:~:text=Chez%20les%20jeunes%20de%2017,ponctuelle%20importante%20dans%20le%20mois. ↩︎
- https://adintime.com/fr/blog/publicite-alcool-ce-qu-on-peut-faire-ou-ne-pas-faire–n200#:~:text=La%20publicit%C3%A9%20de%20l’alcool%20est%20r%C3%A9glement%C3%A9e%20en%20France%20par,le%20public%20%C3%A0%20sa%20consommation. ↩︎
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