Au collège Maupassant de Bacqueville en Caux, en Normandie, le cadre scolaire est magnifique : en secteur rural, non loin de la mer, avec un des bâtiment qu’on appelle « le château », c’est une atmosphère tranquille qui vous accueille. On pourrait s’arrêter à cette jolie carte postale. Mais ce n’est pas ce qu’ont fait la cheffe d’établissement et la CPE, épaulées par d’autres membres de la communauté éducative, comme l’infirmière scolaire, la psy-EN, le coordonnateur ULIS, des enseignants ou la secrétaire générale du collège. Car ici comme partout ailleurs dans les établissements scolaires, de nombreux jeunes souffrent de, à ou par l’école. Et ce n’est pas acceptable.
On se sentait dépassées par le nombre d’élèves qui ne venaient plus. On ne peut pas rester à ne rien faire et regarder ailleurs quand on les croise, avec leurs yeux de suricate…
Mme Marc, cheffe d’établissement
Au coeur de l’établissement se trouve la salle Oasis, juste à côté du bureau de la CPE, juste en face de celui de l’infirmière et de la psy-EN. L’idée de cette salle est née de la frustration des différents personnels : lorsqu’un élève n’allait pas bien, chacun avait à coeur de l’accueillir, de l’écouter, de le soutenir. Mais la vie d’un collège est dynamique, et cet élève se trouvait souvent déplacé du bureau de la vie scolaire à l’infirmerie, de l’infirmerie à la direction… Alors mues par une éthique professionnelle commune et la volonté de trouver des solutions durables, la cheffe d’établissement et la CPE ont créé leur dispositif : RESPIRE, Retour à l’École Sécurisé, Progressif et Individualisé, pour la Réussite des Élèves. Un dispositif façon iceberg, donc la salle Oasis est la partie émergée.

Lorsque les équipes identifient qu’un élève est en difficulté au sein de l’établissement, il est d’abord reçu par différents interlocuteurs. On étudie sa situation, en l’écoutant, ainsi que ses professeurs et sa famille. S’il s’agit d’une situation de harcèlement, le dispositif Phare agit. Il est bien rôdé, et efficace. Mais sinon, que faire ? Si l’élève décroche, exprime de la souffrance, est présent de façon irrégulière, cherche à éviter les cours, le scolaire, c’est là que le dispositif RESPIRE entre en action.

En premier lieu, l’élève s’auto-évalue à partir d’un document créé par l’équipe. Une plaquette d’information lui est donnée, pour qu’il comprenne ce qu’est le retrait scolaire anxieux (le mot « retrait » a été choisi volontairement à la place de refus, pour éviter de culpabiliser les élèves et leurs familles). Les élèves ont contribué à l’élaboration de ce document d’informations. Détail qui n’en est pas un : ils ont plébiscité une phrase en particulier, « Tu n’es pas seul(e) ».

Les familles reçoivent aussi un document d’informations, qui leur est adapté, et les enseignants de la classe également.
Si il s’avère que l’élève relève en effet d’un retrait scolaire anxieux, on passe à la phase d’action. Un PAP spécifique est mis en place. Une condition obligatoire est qu’il faut un suivi médical. Pas toujours simple, que ce soit parce que les médecins ne courent ni les villes ni les campagnes, parce que la démarche est difficile pour les familles, etc. Mais le collège a tout prévu : des médecins généralistes sont partenaires du dispositif, et peuvent recevoir les enfants et leurs familles sur demande du collège. Un pédiatre et bientôt un psychiatre sont aussi associés à RESPIRE.
Qu’ils soient au collège ou à la maison, ils restent nos élèves.
Mme Chazalviel, CPE
Le PAP pose l’objectif prioritaire : s’agit-il d’éviter la rupture scolaire, de réassocier l’école à une « expérience tolérable », de réhabituer progressivement aux situations scolaires, etc. ? Un adulte référent est désigné par l’élève, la fréquence, le media et les créneaux privilégiés pour communiquer sont mis par écrit, et on aménage le temps scolaire (présente partielle, présence mais pas en cours, suppression de matières précises, arrivée ou départ anticipé pour ne pas se trouver dans la foule…), les espaces (quel est le lieu sûr : la salle Oasis, l’infirmerie, une salle de classe, etc. ?), l’organisation et les horaires (les déplacements, les temps hors classe dans le collège), les aménagements pédagogiques (la place dans la classe, les exigences, les modalités de travail, les modalités d’évaluation, etc.). Les suivis sont indiqués en fin de PAP, et voilà, c’est parti. Mais s’il faut modifier ce qui a été posé, pas de souci : n’importe quand on se réinterroge collectivement, avec au centre l’élève, pour son bien-être au collège, pour sa réussite scolaire. Les enseignants reçoivent une synthèse des aménagements.

Ce dispositif est impressionnant d’adaptabilité et de complétude. Il s’appuie de manière très forte sur la parité d’estime : au lieu de juger, on s’écoute. Au lieu de se plaindre, on agit. Tout converge dans l’intérêt de l’élève. L’ambiance n’est pas du tout au laisser aller ou au laxisme. Il est question de justice, en fait : lorsqu’un adulte ne va pas bien, il s’arrête, est pris en charge, peut bénéficier d’un temps thérapeutique, etc., avec pour objectif le maintien ou le développement de son autonomie. Mais pour les élèves, finalement, qu’est-ce qui est pensé en général ? Pas grand-chose.
RESPIRE est un bien beau dispositif, et en tant que chargée de la mission de lutte contre la vulnérabilité scolaire pour l’académie de Normandie, je compte bien m’appuyer dessus et le promouvoir.

Merci au temps que m’ont accordé mesdames la principale, la CPE et l’infirmière pour le faire découvrir et comprendre le dispositif RESPIRE.

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