Stéphanie de Vanssay a publié sur LinkedIn un post qui relate une étude américaine sur les effets de l’interdiction du téléphone portable en milieu scolaire.

L’étude exploite des données sur la période de 2018 à 2025, dans des middle schools et des high schools qui ont adopté un système de privation strict du téléphone portable : les téléphones des élèves ont été placés dans des pochettes verrouillables, sur les années 2023, 2024 et 2025, pour la majorité des cas étudiés. L’étude a étudié particulièrement les conséquences de ce dispositif en termes d’assiduité scolaire, de résultats scolaires, de discipline, de bien-être des élèves, d’attention en classe et de harcèlement en ligne.
Dans l’étude, on lit qu’en effet, l’accès au téléphone portable a bien baissé. Cela tombe bien, c’était le but. Mais on lit aussi que la vie scolaire a été affectée sur le moyen terme : d’abord, les incidents disciplinaires ont augmenté, au fil de la première année de déploiement du dispositif, avec une hausse de 16% des incidents. Par la suite, cet effet s’est estompé : les tensions diminuent.
De même, l’évaluation subjective du bien-être a baissé juste après la mise en place du dispositif, pour remonter les années suivantes. Les auteurs interprètent ces effets en y voyant une phase d’adaptation initiale, puis un ajustement.
Et sur les apprentissages ? En moyenne, l’effet global est proche de zéro sur les scores standardisés. Autrement dit, ce dispositif n’a eu aucun effet sur la qualité des apprentissages. Les écarts de niveaux entre élèves en réussite et élèves en difficulté ont un peu diminué dans les high school, surtout en maths, et se sont un peu accru dans les middle school, mais d’une façon inégale selon les établissements.

Quant au harcèlement numérique, à l’assiduité et à l’attention auto-déclarée, aucun gain n’a été relevé, ni aucun recul d’ailleurs.
Les auteurs signalent plusieurs limites le suivi est limité à 3 ans, ce qui est peu et manque de recul. D’autre part d’autres formes de dispositif d’interdiction du téléphone pourraient aussi être étudiées, au cas où elles modifieraient les effets. Enfin, certaines dimensions scolaires ou psychologiques peuvent ne pas être prises en compte.
Cette étude suggère que les interdictions strictes via pochettes ont un coût d’adaptation initial (discipline, baisse temporaire du bien-être) élevé, sans parler du coût financier et en organisation dans les établissements, mais n’améliorent pas clairement les résultats scolaires en moyenne. Les bénéfices semblent modestes et variables selon l’âge, légèrement plus favorables au lycée qu’au collège.
Les auteurs concluent ainsi : limiter les téléphones ne suffit probablement pas, à lui seul, à transformer les apprentissages. On s’en doutait, cela dit. Une mesure pratique, concrète, suffit rarement en soi-même. Mais tout de même, cette étude est intéressante : elle pose différemment la question du téléphone portable à l’école. L’enjeu central n’est pas là : déclarer une interdiction pure et simple à partir de faits (tels que des signalements d’incidents directement liés aux téléphones portables) mais surtout de ressentis et de représentations subjectives et générationnelles mène à des mesures contreproductives si on étudie l’ensemble des dimensions, en particulier l’impact sur l’organisation des établissements, et le coût. On manque d’encre dans des photocopieuses dans de nombreux établissements, il devient très difficile d’amener les élèves à profiter d’événements culturels par manque de moyens, alors est-ce bien pertinent de placer autant d’argent dans des dispositifs dont l’efficacité n’est pas prouvée ?
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