Les filles perdent du terrain : l’écart entre les genres se creuse en mathématiques

Matthias Eck, Juliane Hencke, Falk Brese, Justine Sass et Una McCarthy-Fakhry sont les auteur(e)s d’une note thématique sur l’éducation, développée par IEA Compass1 en partenariat avec l’UNESCO2.

Cette note examine l’évolution des écarts entre les genres en mathématiques, en s’appuyant sur les données issues des évaluations TIMSS menées entre 1995 et 2023 auprès des élèves de CM1 et de quatrième. Elle relève que si les filles affichaient des résultats en mathématiques inférieurs à ceux des garçons, elles avaient récemment rattrapé leur retard dans certains pays (mais pas la France, malheureusement). Or, depuis 2019, il s’avère que l’écart entre les genres s’est de nouveau creusé.

Différentes études montrent que les écarts observés entre les genres en mathématiques ne s’expliquent pas par des différences de capacités, mais par des différences d’expériences d’apprentissage. Cela semble une évidence, mais mieux vaut pourtant le rappeler : ces différences sont associées à la persistance de stéréotypes liés au genre, aux attentes des enseignants, aux interactions en classe, aux variations dans la confiance en soi et dans la confiance des élèves en leurs capacités en mathématiques.

La note propose de déployer des efforts en particulier pour transformer positivement le regard des filles sur les mathématiques et accroître leur confiance en elles, former les enseignants à repérer et à lutter contre les préjugés liés au genre (par exemple au travers des interactions et de la participation en classe de mathématiques), utiliser les études internationales pour réguler les actions au niveau des pays, renforcer la visibilité des personnes pouvant servir de modèles dans les domaines liés aux STIM3.

Dans l’étude TIMSS 2023, le pourcentage observé de systèmes éducatifs dans lesquels les garçons obtiennent des résultats nettement supérieurs à
ceux des filles en mathématiques, aussi bien en quatrième année
(primaire) qu’en huitième année (premier cycle du secondaire), augmente de façon significative :


Ces écarts sont plus marqués en quatrième année qu’en huitième année :

Si l’on s’intéresse aux groupes extrêmes (au sein de quatre niveaux : bas, intermédiaire, élevé et avancé), c’est-à-dire aux élèves particulièrement en difficultés et aux élèves particulièrement en réussite, on constate que le taux de filles en difficultés s’accroît de façon sensible, et que le taux de filles en grande réussite diminue considérablement : la situation s’aggrave pour les filles, de plus en plus nombreuses en bas du classement et absentes dans le haut du classement.

Côté conclusions, on lit dans la note que les perturbations dues à la pandémie du Covid ont « probablement exacerbé les inégalités existantes et réduit les opportunités d’apprentissage pour les filles, en particulier pour celles susceptibles d’être moins performantes4 » : le distanciel pourrait avoir particulièrement nuit à la confiance en elles des filles en maths. Pour inverser la tendance, il faudrait pouvoir travailler sur les représentations de toutes et tous : les personnels éducatifs, mais aussi les élèves eux-mêmes et elles-mêmes, les familles, les médias, toute la société, au final.

Il a été démontré que l’apprentissage actif et coopératif, qui met l’accent sur la résolution de problèmes, les interactions entre élèves et l’apprentissage par l’erreur dans un environnement peu stressant, permet de réduire les écarts entre les genres en mathématiques (Di Tommaso et al., 2024).

Les programmes scolaires ancrés dans le monde réel et les manuels scolaires
exempts de préjugés contribuent à renforcer l’engagement des filles (UNESCO, 2017).

La visibilité de modèles féminins inspirants stimule également les ambitions et l’engagement en offrant des exemples concrets de réussite et en déconstruisant les stéréotypes (Sevilla & Cuevas-Ruiz, 2022).

Pour lutter contre les stéréotypes et encourager les filles à faire carrière dans les mathématiques, il est également essentiel de mettre en place des mesures sociales plus larges, notamment des politiques en faveur de l’égalité des genres, des campagnes de sensibilisation du grand public et des services d’orientation professionnelle complets (UNESCO, 2024 ; UNESCO-UNEVOC, 2020).

La note

  1. L’international Association for the Evaluation of Educational Achievement, connue sous le nom IEA, est un consortium international indépendant d’institutions de recherche nationales et d’agences gouvernementales, dont le siège est à Amsterdam. Son objectif principal est de mener des études comparatives à grande échelle sur les résultats scolaires avec l’objectif d’acquérir une compréhension plus approfondie des effets des politiques et des pratiques à l’intérieur et entre les systèmes éducatifs. ↩︎
  2. L’UNESCO, l’Organisation des Nations unies pour l’Éducation, la Science et la Culture, est un organisme spécialisé qui œuvre à renforcer les liens entre les peuples à travers l’éducation, la science, la culture et l’informationen établissant des normes, en concevant des outils et en partageant des savoirs pour relever les plus grands défis de notre époque, et promouvoir un monde plus juste et pacifique. ↩︎
  3. Science, technologie, ingénierie et mathématiques ; en anglais, STEM. ↩︎
  4. Bertoletti et al., 2023 ; Jakubowski et al., 2025 ; Näslund-Hadley et al., 2023 ; Gasteiger et al., 2023 ; Borgonovi & Ferrara, 2023 ; Contini et al., 2022 ; Moulin & Soncin, 2025 ↩︎

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