Graham Moore, dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry, a publié une revue annuelle qui fait le point sur l’état des connaissances, et qu’a relayée Myrtille Gardet.
En introduction, Graham Moore écrit :
La recherche s’intéresse de plus en plus à la transformation du système scolaire lui-même pour améliorer la santé mentale, mettant de plus en plus l’accent sur l’amélioration du climat scolaire. (…) De plus en plus de données montrent que les interventions visant à améliorer le climat scolaire peuvent améliorer la santé mentale des enfants et des adolescents. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer comment ces interventions peuvent contribuer à réduire les inégalités.
La question de l’égalité est en effet au coeur de cette revue : les troubles émotionnels (en particulier l’anxiété et la dépression) ont considérablement augmenté ces deux dernières années chez les jeunes. Mais ces troubles ne sont pas équitablement répartis dans la population : le genre, l’origine ethnique, la neurodivergence ou la situation socio-économique sont des facteurs qui les rendent plus fréquents.
Le climat scolaire (l’ambiance et l’atmosphère générales d’un établissement, façonné par les interactions entre le personnel et les élèves et par le sentiment de sécurité des personnes) a le pouvoir d’améliorer, et dans certains cas de nuire à la santé mentale.
Dans divers systèmes éducatifs au travers du monde, les écoles semblent devenir une source croissante de difficultés émotionnelles, et une source de moins en moins importante de liens sociaux pour de nombreux jeunes. Cette évolution est plusieurs fois mise en parallèle avec des réformes scolaires axés sur la performance.

Quelles interventions en milieu scolaire ?
Deux types d’interventions sont possibles : des interventions ciblées sur des groupes. à risques, ou des interventions universelles.
Les interventions ciblées sur des groupes à risques sont plus efficaces que des interventions universelles, contre les troubles émotionnels. Cependant, elles comportent l’inconvénient de parfois stigmatiser la partie de la population à laquelle elles s’adressent. De plus, elles concernent moins d’élèves, puisqu’elles concentrent sur elles et eux des ressources, et risquent d’exclure de l’action des jeunes hors de la catégorie visée, mais sujets à ces troubles. Les interventions universelles ont aussi l’avantage de développer le sentiment d’appartenance à l’établissement.
Il convient par ailleurs de veiller à la nature des interventions, naturellement. Mais parfois, les effets « secondaires » sont inattendus : l’instauration d’un petit déjeuner gratuit n’apporte d’abord pas toujours de bienfaits mesurables au départ, et finalement permet en général d’augmenter les résultats scolaires des élèves. À l’inverse, un programme de lutte contre les grossesses précoces a eu des effets contraires à ceux escomptés, par l’utilisations de poupées qui simulaient des nourrissons. D’autres interventions, liée à la pleine conscience ou à des approches de thérapies congitivo-comportementales, ont aggravé la situation de jeunes déjà fragiles. Les causes sont discutées, de sorte qu’on n’élimine pas de façon intempestive des types entiers d’interventions, pour de mauvaises raisons. Mais tout ceci incite à une grande prudence, d’autant qu’on s’adresse à des jeunes en pleine construction, qui évoluent rapidement et sont par essence dans une période d’instabilité de leur personnalité, et aussi parce qu’on se trouve en milieu scolaire. On peut noter aussi que les progrès réalisés au cours des 25 dernières années ont généralement été obtenus en s’appuyant sur ce qui n’a pas fonctionné. L’erreur est toujours utile et un marchepied pour réussir, mais encore faut-il ne pas nuire aux élèves concernés. Cependant, beaucoup d’études qui ne fonctionnent pas n’atteignent certes pas leur objectif, mais ne causent pas de dégâts collatéraux non plus. Et d’autres échouent à atteindre le but annoncé, mais en valident d’autres, positifs eux aussi (comme une étude qui n’a pas diminué la dépression mais a fait chuter la consommation de substances).
Cependant, les interventions sur le climat scolaire améliorent de façon générale la santé mentale des jeunes.
Des écueuils systémiques
Les études réalisées mettent en lumière l’irrégularité des effets, des conclusions. Mais en même temps les études réalisées le sont rarement à l’échelle meta : beaucoup d’études montrent des effets associés à un contexte. C’est logique : les actions répondent à des besoins qui relèvent d’un lieu donné à un moment donné. Les interventions à grande échelle sont rares, en milieu scolaire (et pas seulement en France), et les intervention déployées dans la durée le sont aussi. On est plus dans la réaction que dans l’anticipation et la planification. Et puis ces interventions demandent des moyens, des personnels, y compris extérieurs à l’établissement. Alors tout est complexe à opérationnaliser. L’idéal serait de parvenir à intégrer des principes d’interventions efficaces aux gestes pédagogiques, aux processus scolaires quotidiens.
Une conclusion
La question de la santé mentale des jeunes est essentielle, et sans doute des interventions en milieu scolaire peuvent-elles l’améliorer, au travers ou en même temps que le climat scolaire. Mais on ignore encore beaucoup de choses, et si la recherche est fondée pour améliorer l’efficacité de ces interventions, cela ne doit pas éloigner du débat de société qui sous-tend cette évolution délétère de la santé mentale : l’article expose au tout début que la santé mentale des jeunes se dégrade à cause d’événements sociologiques, économiques, et de choix de politiques éducatives. Les interventions dont il est question ici sont légitimes, mais travailler sur les causes et pas seulement sur les symptômes de mauvais choix est-il aussi un sujet, à l’échelle nationale et à l’échelle internationale ?
Car l’école ne peut pas résoudre à elle seule les problèmes de la société. L’école est un reflet de la société. Elle contribue à l’améliorer car elle accueille les futurs adultes et citoyens, mais elle ne suffit pas à tout réparer, surtout dans la logique actuelle de perte de moyens, de crédibilité et de capacité à se projeter à long terme (ou même à moyen terme).

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