Les mythes en formation, par Stéphane Clerc

J’ai aujourd’hui suivi le replay d’une conférence animée par Stéphane Clerc, enseignant spécialisé actuellement en ULIS lycée, et formateur. Elle est intitulée « Zoom sur les mythes en formation ». Le replay est accessible ici.

Je livre ici une mise en bouche de la conférence, constituée des éléments qui m’ont frappée. Mais il faut aller l’écouter, si le sujet vous intéresse !

Dès les 5 premières minutes, Stéphane m’a appris quelque chose : le mot « andragogie » n’est pas répertorié dans tous les dictionnaires, et renvoie étymologiquement à l’homme et au fait de conduire. Mais « andros » est l’homme au sens masculin, pas au sens humain… Groumpf.

Selon Malcolm Knowles, dans les années 1970, 6 principes différencient fondamentalement l’andragogie de la pédagogie :

Alors l’andragogie diffère-t-elle aussi fortement de la pédagogie ? Knowles lui-même a évolué au cours de sa vie, dans sa façon d’envisager les choses, en passant de l’opposition pédagogie/andragogie à un continuum.

Dans les années 2000, des chercheurs comme Rachal ou Henschke ont interrogé ces apports et ont montré que bien peu d’études avaient nourri les dires de Knowles. Les apports de la psychologie cognitive montrent que le cerveau de l’enfant, de l’ado ou de l’adulte fonctionnent de la même façon du point de vue des apprentissages. Ce qui compte, ce n’est pas l’âge. C’est le fait qu’on est expert ou novice.

Stéphane Clerc interroge sur la notion d’autonomie des adultes, qu’il voit comme excessivement sacralisée. J’ai trouvé cette idée très intéressante et à creuser, pour ma part.

Ensuite, Stéphane passe en revue différentes affirmations, comme « Les enseignants n’écoutent que leurs pairs, pas les formateurs universitaires hors sol », ce qui convoque la différence entre partage d’expérience et formation, par exemple, et plus généralement interroge le métier de formateur : je ne pense pas qu’un enseignant ou qu’un universitaire soit plus apte, ni moins apte, à être bon formateur. Formateur, c’est vraiment un métier, qui se nourrit de l’expérience concrète du terrain, de savoirs scientifiques et d’une multitude d’autres savoirs et compétences. C’est la complémentarité dont parle Stéphane. Dans l’éducation, au moins dans le second degré, nous sommes formateurs en plus de notre métier « de base ». Dans d’autres secteurs ce n’est pas le cas.

Dans la suite de la conférence, Stéphane Clerc met en évidence comme les rétroactions, les feedbacks sont cruciaux dans la formation. L’accompagnement (si possible sur le temps long), en ce sens, est une modalité intéressante, car il permet de se confronter ensemble à une situation réelle et de s’ajuster. Je suis bien d’accord : c’est bien pour cette raison que la modalité choisie pour la mission académique dont je suis en charge, la lutte contre la vulnérabilité scolaire, est « formateur en résidence ». L’idée est de travailler avec les enseignants, en situation. Le maître-mot est « ensemble ».

J’ai été surprise par les études menées sur une autre question : les formations en présentiel sont-elles plus efficaces que les formations en distanciel ? Les études montrent que c’est équivalent. À vrai dire, je n’imaginais pas forcément le contraire, mais en tant que formatrice je trouve plus « facile » d’animer en présentiel. Embarquer est plus simple, car on s ‘appuie aussi sur un aspect théâtral qui est atténué par le distanciel. Les mises en activité sont plus aisées aussi, je trouve, car on a un retour immédiat pour adapter en temps réel. Stéphane expose d’ailleurs une étude qui indique qu’en termes de satisfaction et d’abandon, le distanciel est moins positif. Finalement, en termes de performances, l’e-learning l’emporte à condition qu’il y ait des modalités hybrides, avec du distanciel et du présentiel. Ce n’est pas la modalité de formation, le problème, mais son ingénierie pédagogique. Stéphane Clerc donne des tas d’indications de ce qui peut permettre de bien exploiter les distanciels.

Je vous conseille cette conférence, vraiment très intéressante pour réfléchir au métier de formateur et remettre en question nos représentations.


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