Stéphane Clerc m’a recommandé la lecture de cet article dans la revue Diversité (n°208, 2026). Jeanne Gavard-Veau en est l’auteure. Elle est docteure en Sciences de l’éducation et Ingénieure d’études contractuelle, en Bourgogne.
Dans l’introduction, l’article pose des questions motivantes :
L’enseignement en prison constitue-t-il un espace à la marge et un enseignement lui-même marginal ? Est-ce uniquement le contexte carcéral qui rend l’enseignement atypique ? Quels sont les enjeux d’investir l’enseignement en milieu pénitentiaire ? Qu’est-ce que la situation carcérale révèle, exacerbe ou interroge dans les formes scolaires classiques ?
Ces questions me motivent. D’une part, j’ai enseigné un an en milieu carcéral, et j’y retournerai peut-être maintenant que je suis enseignante spécialisée. D’autre part, en tant que chargée de mission de lutte contre la vulnérabilité scolaire pour l’EAFC de Normandie, je me suis tournée l’année dernière vers les collègues qui coordonnent l’enseignement en milieu carcéral : il me semblait en effet qu’ils pouvaient m’apporter, enrichir ma réflexion. Cela a en effet été le cas, en particulier sur les regards croisés lorsqu’on construit le parcours d’un apprenant.

La première partie de l’article présente des éléments liés à l’accès et au fonctionnement de l’enseignement en milieu carcéral : qui, pour quels enseignements, comment. J’en ai retenu en particulier que le système éducatif en milieu carcéral est marqué par des spécificités qui en rendent la compréhension bien délicate, de l’extérieur. L’école en prison constitue un véritable parallèle au système classique, et là encore plus qu’ailleurs les enseignants sont isolés, voire invisibilisés.
Ensuite, l’auteure répond déjà partiellement à la question qui m’intéresse en particulier : qu’est-ce que la situation carcérale révèle, exacerbe ou interroge dans les formes scolaires classiques ? Elle écrit :
L’enseignement en milieu carcéral offre un miroir singulier pour réfléchir aux forces et aux faiblesses du système scolaire traditionnel. Tout d’abord, la prison accentue certaines fragilités déjà présentes dans l’enseignement ordinaire. L’individualisation des parcours, souvent insuffisante dans les classes classiques, devient cruciale face à une population carcérale hétérogène, avec des niveaux scolaires très variés et des besoins éducatifs spécifiques. Dans ce contexte, la relation éducative prend une importance majeure : l’attachement au lien enseignant-apprenant devient central pour favoriser l’engagement des apprenants.
Dans les formations que j’anime autour de la vulnérabilité scolaire, autour de l’accessibilité universelle, autour de l’alliance éducative avec les familles ou sur le thème des gestes professionnels avec des élèves à difficultés comportementales, c’est toujours ce qui est au coeur : la qualité de la relation maître-élèves. La confiance est le préalable, pour instaurer le sentiment indispensable de sécurité, qui permet de se mettre en activité pour apprendre. Car apprendre nécessite de déconstruire, et pour des élèves vulnérables c’est une mise en danger individuelle.

L’auteure poursuit :
La question du sens des apprentissages et de la motivation se pose de manière encore plus aiguë. (…) Cela souligne la nécessité d’une pédagogie adaptée, flexible et non purement transmissive, capable de répondre aux besoins spécifiques des apprenants et de leur offrir des outils pour se réapproprier leur parcours éducatif. (…)
Enfin, la prison constitue un véritable espace d’innovation pédagogique. Les enseignants y expérimentent des méthodes variées, développent des outils de remédiation adaptés aux difficultés de lecture, d’écriture ou de compréhension, et adoptent des pédagogies actives qui impliquent les apprenants dans leur propre apprentissage. Ce rôle positionne l’enseignant comme un artisan pédagogique, capable de créer des solutions sur mesure et de faire évoluer les pratiques éducatives.
Que retenir des leviers de l’enseignement en milieu carcéral, pour nos classes ? Deux axes me semblent émerger : la qualité de la relation éducative et des pédagogies flexibles, actives.
Cet article de Philippe Vieille Marchiset, « L’enseignement en prison », dans Au fil de maths n°545, la revue de l’AMPEP, complète bien l’article relaté ici.

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