Il faut laisser vivre ces mathématiques profondément humaines : Hugo Duminil-Copin

Un article du Monde en date du 3 août donne la parole à Hugo Duminil-Copin, à l’occasion de la sortie aujourd’hui de son ouvrage, De l’autre côté du tableau noir, aux édition du Seuil, coécrit avec Emmanuel Sander, professeur en sciences de l’éducation et psychologie à l’université de Genève.

Comme à son habitude, Hugo parle avec simplicité et justesse, comme quelqu’un qui, justement, n’est absolument pas déconnecté de la réalité, tout matheux Fieldélisé qu’il est :

La vision commune est celle d’une activité très abstraite, formelle, logique… un mode de fonctionnement à part. Or, si l’on décrète que la pensée mathématique est réservée à une petite minorité, on risque de considérer qu’elle ne sert à rien pour les autres. Nous voulions combattre ce mécanisme d’exclusion en mettant en avant une dimension beaucoup plus humaine des maths : quand je pense mathématiquement, je fais psychologiquement la même chose que quand je pense non mathématiquement, je m’appuie sur des concepts, sur des représentations abstraites.

L’ article du Monde, Hugo Duminil-Copin

Hugo Duminil-Copin évoque des mathématiques « incarnées », en lien avec nos émotions, personnelles, liées à notre expérience mais aussi à un ressenti corporel. Il insiste sur l’importance de l’intuition, d’images mentales qui sont parfois plus résistantes et constructives mentalement que des définitions formelles. Il évoque, en lien avec tout cela, les raisonnements par analogies : le raisonnement mathématique, l’invention de mathématiques à l’échelle individuelle, ne reposent pas exclusivement sur des compétences logiques et abstraites. Les maths se vivent et se ressentent. En revanche, l’étape d’écriture, de structuration d’une trace à transmettre, nécessite une logique « implacable ».

Les mathématiques sont bien loin d’une mécanique algorithmique consistant à manipuler des symboles et des nombres jusqu’à ce que théorème s’ensuive.

L’ article du Monde, Hugo Duminil-Copin

L’ouvrage semble vraiment très intéressant, car Hugo Duminil-Copin a pu modéliser des éléments de son fonctionnement, ce qui a développé sa réflexivité et son efficacité.

Il faut chercher des situations plus discordantes pour remettre en cause ses intuitions premières et les faire progresser.

L’ article du Monde, Hugo Duminil-Copin

Hugo porte un regard positif sur nos enseignements à l’école, ce qui change de ce que nous recevons au quotidien. Il insiste sur le rôle de l’erreur, « encore trop connotée comme une faute, même si cela s’améliore ». En effet, dans notre système élitiste et où les mesures de soit-disant performance tournent à l’obsession, c’est un écueil. D’autre part, il regrette la lourdeur des programmes, gonflés de savoirs alors que développer des compétences est tellement important.

Une société plus désinhibée en maths serait également une société plus apte à accepter les résultats scientifiques. Bien sûr, les mathématiques ne sont qu’une des dimensions d’un esprit critique affûté, mais il est clair qu’elles y participent.

L’ article du Monde, Hugo Duminil-Copin

L’entretien s’achève sur le thème de l’IA.

Je vais ajouter un bouquin à ma liste…


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