Je travaille cette année avec une enfant non verbale. Elle est au collège, et n’émet pas un son. Produire un hochement de tête est même difficile pour elle.
Alors que faire ?
En tant qu’enseignante spécialisée, la première chose que j’ai faite, c’est de rencontrer sa famille et elle, puis de lire son dossier scolaire. Peu importent les troubles éventuels diagnostiqués : en tant que prof, je travaille sur les besoins des élèves, pour que collectivement nous leur enseignions le mieux possible, pour qu’ils grandissent et apprennent. Un trouble ne doit pas enfermer dans des préconçus. En revanche l’identification de besoins au travail m’indique comment faire progresser les élèves.
Cette élève n’est pas muette. Elle ne parle pas en dehors de sa cellule familiale. J’en déduis qu’elle est envahie par une anxiété scolaire (voire sociale) telle que sa voix ne sort pas. Cela me fait mesurer sa souffrance et sa vulnérabilité.
J’ai donc abordé la question sous deux angles différents, simultanément :
– Je lui prépare des tâches individuelles et collectives, qui lui apprennent de nouveaux savoirs et lui montrent qu’elle est élève. Je m’applique (avec plus ou moins de réussite car je ne la connais pas bien encore) à me placer dans sa zone proximale de développement : le travail proposé doit lui proposer des découvertes, mais pas non plus être trop loin de ses connaissances ;
– Je ne cherche pas sa voix. Je la reconnais telle qu’elle est, sans jamais transmettre de frustration ou de manque. Si un jour elle me parle, je serai évidemment heureuse d’un signe aussi positif, mais ce n’est pas mon objectif : j’enseigne. Alors pour lui montrer que je la reconnais et que je l’estime, je lui ai fabriqué un petit outil d’expression silencieuse. Il s’agit d’un petit classeur de pictos, à l’effigie de Minecraft car elle adore ce jeu. Il suffit qu’elle mette sur sa table la bonne image (des spirales permettent de présenter facilement une page) pour que je sache ce qu’elle veut me transmettre.
Pour le moment, j’ai édité ces images :








Je verrai par la suite s’il m’en faut d’autres. Mais en attendant, la famille de cette élève m’a écrit ce soir qu’elle a montré le petit classeur dès qu’elle est rentrée, toute fière que je le lui ai constitué.
Ok. Elle a reçu mon message. Et sa famille est un peu plus rassurée, aussi : la vie de parent d’enfant en difficulté ou en souffrance est elle-même tellement fatigante et douloureuse !
Je ne sais pas si cet outil de communication sera efficace. Je l’espère. Mais ce n’était pas bien compliqué à réaliser, ni long à produire. Et au moins moi aussi j’ai dit quelque chose à cette enfant, sans mots.
Être enseignante spécialisée n’est pas si loin de mon précédent métier, prof de maths : on m’apporte des situations-problèmes, et je m’emploie à les faire résoudre aux élèves.
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