« Il n’y a aucune preuve que les activités sur les réseaux sociaux aient un effet négatif sur les capacités attentionnelles »

Sur JIM, le journal international de la médecine, Aurélie Haroche propose un entretien avec Franck Ramus, directeur de recherche CNRS, équipe «Développement cognitif et pathologie» au Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique de l’École normale supérieure (Paris). Cet article est en date du 18 septembre 2026.

Avec les résultats de PISA en berne de façon internationale, on cherche des explications. Les réseaux sociaux et plus généralement l’accès aux écrans sont en ligne de mire. Sauf que peut-être on confond une fois encore corrélation et causalité.

Rappelons qu’une corrélation désigne une simple liaison statistique entre deux phénomènes : deux variables évoluent en même temps (dans le même sens ou pas, d’ailleurs). La causalité indique un lien direct de cause à effet où un événement en provoque un autre : une variable agit directement sur une autre et la modifie.

Il existe des centaines d’études pour montrer des corrélations négatives entre l’exposition aux écrans et différents indices cognitifs ou de santé mentale, ça, c’est incontestable. Cependant, tout l’enjeu est de déterminer dans quelle mesure ces corrélations reflètent des effets causaux. Et c’est ici que cela devient beaucoup plus compliqué puisqu’il y a des facteurs de confusion, des facteurs sociaux, des facteurs génétiques qui en fait pourraient expliquer entièrement ces corrélations. Et nous disposons d’au moins une étude, conduite par des auteurs danois, publiée dans Scientific Reports en 2022, qui montre que quand on contrôle bien les facteurs sociaux et génétiques, il ne reste plus grand-chose. Nous pouvons dès lors constater qu’il est facile de commenter les études de corrélation avec un discours très tranché, mais si on regarde plus précisément, il est beaucoup plus difficile de tirer des conclusions fiables.

Franck Ramus

De plus, comme Franck Ramus le précise, vu la diversité et la masse de contenus, certains ont sans aucun doute des effets délétères, mais il en est qui ont des effets positifs sur les fonctions cognitives, et cela a été démontré. Ce qui compte, ce sont les usages.

Ce recul du niveau scolaire sur les fondamentaux, la lecture et les mathématiques a commencé avant, dès les années 90. Ainsi, cette tendance n’a pas débuté avec les smartphones ni avec les réseaux sociaux. Il y a un phénomène de fond plus vaste, qui remonte à plus longtemps et que l’on n’a pas totalement expliqué.

Franck Ramus

Et alors, quelles sont les causes de la baisse de performances des élèves ? Hé bien on l’ignore. C’est compliqué, sans doute terriblement multifactoriel. Des facteurs pédagogiques sont certainement impliqués.

Il semble que l’OCDE a essayé d’identifier des corrélations avec une poignée de variables, et chacun a choisi celle qui lui convenait pour nourrir son discours. Mais en vérité, aucune de ces variables ne fournit une explication convaincante. Ainsi, à l’heure actuelle, ça reste un petit peu mystérieux finalement.

(…)

Je pense que de manière générale, les êtres humains aiment bien les histoires simples, avec des explications ayant une cause unique. À chaque fois que l’on est confronté à différents problèmes, on va essayer de trouver une cause unique, pour désigner un bouc émissaire qui change de nature avec les époques. (…) Gérald Bronner décrit cela : nous avons une appétence pour les discours simples et les opinions tranchées. La nuance n’est pas ce qui fait recette.

Franck Ramus

En plus, des biais existent chez les spécialistes et les cliniciens : ils étudient des échantillons de population en souffrance, ce qui peut les amener à « appréhender la situation globale de la population générale à travers ce prisme ». Mais les études ne sont valables qui si elles portent sur des échantillons représentatifs, c’est-à-dire qui représentent toute la population concernée par la question posée.


En savoir plus sur Pierre Carrée

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire