La CUA selon Claire Goulet

Dimanche 18 octobre, il est 8h30 et me voici prête à vous retranscrire, au travers d’un regard parfaitement subjectif, cette conférence :

Voilà qui commence en me plaçant directement dans ma zone de confort : la présentation est conçue sur un gabarit Atypie-Friendly, association que je connais pour son appui à un de mes enfants. Top. En tant que formatrice entre autres sur le thème de l’accessibilité, je me régale à l’avance d’apprendre des choses que je pourrai utiliser dans ma pratique professionnelle. Et Claire Goulet est porteuse d’une expérience remarquable, professeure des écoles, formatrice, CPC handicap, enseignante à l’INSPE, chercheuse. La conférence m’a montré comme Claire Goulet incarne, dans sa présentation, le propos qu’elle porte.

L’accessibilité n’a aucun sens si ce n’est pas pour l’accès aux savoirs, aux savoirs de plus haut niveau possible. L’accessibilité est indissociable de l’ambition.

Claire Goulet

L’accessibilité universelle constitue un changement de paradigme

Madame Goulet nous a présenté cette image, très connue, et dont je ne suis hyper fan, mais différemment de ce qui est d’habitude réalisé :

La compensation a ceci de négatif qu’elle rend les différences très visibles, ce que les élèves, particulièrement les adolescents, n’acceptent pas facilement, ce qui peut compliquer leurs apprentissages. D’autre part, l’image 2 complexifie la construction d’un climat scolaire favorable. Enfin, la compensation est lourde pour les enseignants :

Qui est-ce qui construit les caisses ? Les enseignants. Si on a beaucoup d’élèves à besoins particuliers, cela devient irréalisable, irréaliste. Ce système a peut-être été efficace à un moment donné, mais aujourd’hui les enseignants ne peuvent plus personnaliser les compensations.

Claire Goulet

Mais ce que ce dessin ne dit pas, c’est que quand on supprime la palissade, on ne supprime pas les compensations individuelles : on les réduit, mais elles ne peuvent pas disparaître complètement.

L’image 3 pousse à reconsidérer le handicap : ce n’est pas seulement une caractéristique de l’individu (ici, être petit), mais c’est aussi une interaction entre l’individu et l’environnement. Le besoin existe, il a une source, mais son expression, ses manifestations sont variables en fonction de la situation.

L’étape d’évaluation des besoins (image 1) doit donc permettre d’évaluer les obstacles pour entrer dans une conception différente de l’enseignement.

La CUA limite les mesures individuelles, favorise des représentations plus positives entre élèves et enseignants, permet une participation plus équitable de tous (que les élèves soient en difficultés, en situation de handicap, en forme, malades ou fatigués), transcende les catégorisations et améliore l’accès aux savoirs. La diversité devient non seulement moins pesante, mais un levier pour enseigner et pour apprendre.

Concrètement, avec la CUA, il n’est plus indispensable de connaître les besoins de chaque élève pour leur apporter des réponses.

Claire Goulet

Claire Goulet nous a montré un exemple tout à fait éclairant de conseils de placement dans un amphi, transmis aux étudiants et aux enseignants, qui est clairement favorisant pour tout le monde et ne demande pas de devoir affirmer un besoin. Un des fondements c’est que l’approche universelle laisse le choix, la responsabilité aux élèves, qui sont donc envisagés comme des personnes.

Principes de conception universelle des apprentissages

On veut former des apprenants qui disposent de moyens d’action et d’expression, et qui deviennent pilotes de leurs propres apprentissages. Cela modifie la situation scolaire, dans laquelle habituellement l’enseignant était défini comme entièrement responsable des apprentissages des élèves.

Les moyens CUA pour l’accessibilité, cela peut être par exemple de veiller à la valeur pédagogique et à l’authenticité de ses contenus, de favoriser la collaboration ou d’optimiser les choix et l’autonomie. Cela peut être d’utiliser systématiquement plusieurs supports de communication ou plusieurs outils d’élaboration et de composition, ce qui demande de la réflexion et de l’outillage, et n’est pas si simple. C’est aussi soutenir la planification.

Côté représentation, c’est recourir à différents modes de présentation, faire ressortir des modèles ou soutenir le décodage des textes, des notations, du symbolique. Ce peut être cumulatif (plusieurs modes en même temps), simultané. L’oral seul éclaire et surcharge la mémoire. Il explique bien, mais sa non permanence fait que les élèves (y compris dys) réussissent moins bien à moyen et long terme. L’écrit ou le schéma (qui met en évidence les liens logiques), par leur permanence, sont indispensables. L’écrit permet aussi de continuer à développer les compétences de lecture, ce qui est très important.

Et là, sans le savoir, madame Goulet m’a apporté une très grande joie : elle a cité et projeté des éléments des travaux que nous avons effectués avec le groupe normand (sous l’impulsion de Sandrine Blanc, IA-IPR de maths) sur l’accessibilité en maths, qui sont maintenant sur Eduscol (ici et là par exemple, pis là, et plus généralement ici). Nous avons travaillé dur, avec beaucoup de conviction et dans une ambiance extrêmement constructive et motivante, et je suis mega fière pour tout le groupe. Youpi youpi !

Mise en œuvre de la CUA : protocole et outillage

Voici le protocole clarifié :

  • Identifier clairement les buts
  • Evaluer les besoins les plus fréquents
  • Appliquer des mesures d’accessibilité collectives
  • Mettre en oeuvre et évaluer
  • Compléter avec des mesures collectives et/ou individuelles.

Cette configuration n’est pas si accessible, au final :

C’est joli, c’est bien qu’il y ait des rampes d’accès, mais il manque des bandes rugueuses par exemple, et peut-être un ascenseur.

De multiples questions sont à résoudre en pensant sa séquence ou sa séance, ou son activité, et ces questions dépendent du contexte et des buts et objectifs.

Madame Goulet a ensuite fait référence au coeur de cible (d’Hervé Benoît et Sandrine Bortolon), ce qui me conforte encore. J’ai écrit un article sur ce concept, ici.

Pour entrer dans la CUA, il faut séparer les buts de la manière de les atteindre : on va faire varier les manières d’atteindre les buts, mais pas les les buts eux-mêmes. Sinon on n’est pas dans l’ambition.

Je suis vraiment contente d’être venue : je suis formatrice dans le domaine de l’accessibilité universelle et actuellement de la M2PA, et cette conférence a étayé mes connaissances, confirmé mes pratiques et mes références, et m’a apporté de nouvelles idées. Merci madame Goulet !


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