Enseigner les mathématiques : sur quoi s’accorde la communauté ?

Lors des journées nationales de l’APMEP version 2026, j’ai suivi un atelier animé par Anne Cortella, Stéphane Vinatier, Denis Roth et auquel Viviane Durand-Guerrier a contribué.

L’idée de la CFEM (Commission Française Enseignement des Mathématiques) est de chercher quels grands principes fondent l’enseignement des mathématiques et sont partagés dans la communauté, pour en faire part aux candidats de l’élection présidentielle à venir. L’atelier consistait à recueillir notre avis. Apporter mon grain de sable au projet de changer le monde, même un tout petit peu, même dans un rayon circonscrit, cela ma va très bien.

Dans notre groupe de réflexion, nous avons eu des échanges très intéressants, car nous n’étions pas d’accord : tout en maths est-il accessible à tout le monde ? Faut-il un bagage pour accéder à certains concepts (nous avons pris l’exemple des proba conditionnelles), ou les concepts (mathématiques) sont-ils indépendants, fondamentalement, de la façon (mathématique), du vocabulaire (mathématique), etc. ? Pour l’exemple des proba conditionnelles, comme a priori pour le reste d’ailleurs, je crois profondément que l’accessibilité est possible. Tout dépend de l’accessibilisation.

Pour moi en fait, les mathématiques contribuent, au même titre que les autres disciplines, à développer l’autonomie intellectuelle, la clarté cognitive. Mais nous ne sommes pas toutes et tous d’accord : certain(e)s focalisent sur les notions ou les outils, les techniques, quand d’autres pensent concepts et développement quasi philosophique de la personne. Ce sont juste des focales différentes, on ne regarde pas la question du même endroit.

Chez les collègues présents, un des objectifs de l’activité mathématique est d’oser s’engager, avoir suffisamment confiance en soi pour par exemple chercher à résoudre des problèmes. C’est aussi de contribuer à »former du citoyen ». Pour d’autres collègues, l’enseignement des mathématiques permet d’approcher la notion de vérité d’une autre façon que la philosophie, par exemple, et plus on est outillé dans des champs différents, plus on est au monde, car on a besoin de tout. Un collègue a parlé de développer la curiosité, la rigueur, de combattre voire supprimer l’évaluation, qui est en maths un vrai problème, un autre du développement de l’abstraction (qui selon moi est développée d’une certaine façon en maths, mais développée aussi par d’autres disciplines, différemment). Il y a une opposition entre le cadre et la liberté pédagogique, dans les propos de certains enseignants. Cette tension est vécue de façon tout à fait non consensuelle.

Un groupe s’est interrogé sur ces questions : veut-on enseigner une rigueur mathématique ? Quand l’enseigner, si oui ? Doit-on faire des maths utiles à certains niveaux en en décoller à d’autres ? Laisse-t-on les élèves développer leurs propres outils ou cherche-t-on surtout à imposer une méthode précise ? Cela pose un gros enjeu sur la formation des enseignants. Mais finalement, nous faisons tous des erreurs et le rapport à l’erreur est problématique car il nous terrorise trop souvent. Comment alors enseigner à se tromper, à vivre son erreur, à l’utiliser ?

Je pense que la disjonction maths théoriques et maths appliquées est contreproductive et bloque un peu la réflexion collective. Mais peut-être suis-je tout à fait à côté de la plaque. Tant d’idées, d’avis, de ressentis ont fusé de partout que c’est difficile pour moi d’analyser les obstacles.


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