DNB 2026 : moins bien, plus inéquitable.

Dans certains établissements dans lesquels je me suis déplacée en tant que formatrice, les collègues craignaient pour cette année un effondrement des résultats du DNB (diplôme national du brevet) de 10% à 15%. Finalement, 81,6 % des candidats ont été admis, ce qui représente une baisse de 3,9 points par rapport à la session de 2025. On peut se réjouir que la baisse n’ait pas été de l’ampleur crainte, mais cela pose question.

D’une part, les candidats qui présentaient le DNB général (746 793 présents) ont été reçus à 83,5 %, soit -3,1 points par rapport à 2025. En revanche, les candidats qui présentaient le DNB professionnel (87 163 présents, dont les candidats de l’option agricole) ont perdu 10,6 points, pour un taux de réussite de 64,8 %. Voilà un gros problème d’équité : j’avais écrit ici et comme la majorité des épreuves du DNB pro me semblaient anormalement difficiles, voire plus difficiles que celles du DNB général, et cet écart des taux de réussite le confirme. Le fait que cela concerne plusieurs disciplines accroît le problème.

À qui s’adresse le DNB professionnel ?

Les candidats qui bénéficient de dispositifs particuliers (« 3e prépa-métiers », Segpa, ULIS, UPE2A et, éventuellement sur dérogation du recteur, élèves bénéficiant de l’une des modalités spécifiques d’accompagnement pédagogique définies par l’article D. 332-6 du code de l’éducation ou élèves en situation de handicap) ont le choix de se présenter à la série générale ou à la série professionnelle.


https://www.education.gouv.fr/le-diplome-national-du-brevet-10613

Les élèves qui présentent le DNB pro sont des élèves plus en difficulté, de façon globale, que ceux qui présentent le DNB général. En ce sens, le moindre taux de réussite paraît logique. Ce qui ne l’est pas, c’est la disparité d’évolution entre le DNB général et le DNB professionnel. Il est vraiment regrettable que des élèves vulnérables scolairement soient justement celles et ceux qui en sont victimes. Et si l’inverse s’était produit, on aurait entendu bien plus de protestations : davantage de familles auraient été concernées, et des familles qui ont plus de voix, plus de poids.

Comme il était évident que cette mouture pro était vraiment plus ardue que prévu, je m’interroge sur la façon dont la cohérence est garantie entre les sujets (général et pro), ainsi que sur la cohérence entre les disciplines.

Quoi qu’il en soit, cette mauvaise expérience va refroidir les ardeurs de coordo ULIS pour proposer des élèves des dispositifs au DNB. Depuis que ces élèves sont tout jeunes ils s’en prennent plein la figure, ont une estime d’eux-mêmes dégradée, et nous essayons de la reconstruire patiemment au fil de leur scolarité, de leur motivation, de leur confiance en leurs capacités. Si c’est pour que tout s’effondre et que leur entrée au lycée professionnel risque d’en être impactée, forcément cela pose question.

D’autre part, ce changement a des conséquences pour une grande partie des candidats : ils étaient les premiers à voir les notes du contrôle continu de 3e compter pour 40% (au lieu de 50%), et celles obtenues aux épreuves terminales compter pour 60 % (au lieu de 50% aussi…). De plus, les modalités de calcul du contrôle continu ont changé : depuis 2017, les points étaient affectés collégialement en conseil de classe, sur la base du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. C’était une occasion d’échanger sur les compétences, leurs critères, en interdisciplinarité. Cette année, les points du contrôle continu ont été calqués sur les moyennes obtenues durant l’année dans chaque discipline, ce qui peut aussi changer pas mal de choses.

Un effet direct se lit sur les mentions. Voici comment elles varient sur l’ensemble des deux séries (mystère, cela donne en tout 90,1%… Je ne comprends pas et la source est ici. https://www.education.gouv.fr/resultats-provisoires-du-dbn-et-du-baccalaureat-france-session-de-juin-2026-505295) :

  • Mention très bien avec félicitations du jury : 3,0 % des candidats (- 6,5 % par rapport à 2025) ;
  • Mention très bien : 3,3 % des candidats (- 3,2 % par rapport à 2025) ;
  • Mention bien : 21,1 % des candidats (- 2 % par rapport à 2025) ; 
  • Mention assez bien : 24,0 % des candidats (+ 3,7 % par rapport à 2025) ; 
  • Sans mention : 20,3% des candidats(+ 4,2 % par rapport à 2025) ;
  • 18,4 % des candidats n’ont pas obtenu leur DNB. 

Un décalage s’effectue entre les mentions, conséquence de la différence de modalités d’évaluation. En soi ce n’est pas grave, et comme le DNB n’a aucune incidence sur la suite de la scolarité, au fond peu importe. Mais chez les candidats et leurs familles, le ressenti est souvent différent.

Et puis au final, le message porté est celui de l’élitisme.

Bof. Voire berk.

Je préfèrerais qu’on s’attache à afficher la volonté de récompenser l’effort, les progrès effectués, la motivation. Ce n’est pas ce qui est fait. On creuse encore et toujours les inégalités préexistantes, et cela devient fatigant.


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