Verbaliser, oui mais pourquoi ?

Normandie, le 22 septembre 2026, Catherine Delarue-Breton a attiré notre attention sur un point qui m’a trotté dans la tête :

Verbaliser ne sert à rien si on ne sait pas dans quel but, pour quelles conceptions. La verbalisation n’est pas une baguette magique : un dispositif sans objectifs profonds ne résout rien.

Catherine Delarue-Breton, PR sciences du langage, université de Normandie, UR DYLIS

En réalité, ce sont deux aspects de ce propos qui m’ont donné matière à réflexion. Mais pour aujourd’hui je m’intéresse à la première partie du propos, que j’ai indiquée en gras.

Réfléchissons donc à la question de la verbalisation. Accéder aux discours et comprendre dans quels cadres tel ou tel type de discours prend une place pertinente est un enjeu très important et d’actualité : nos élèves ont besoin de savoir s’adapter en fonction des normes attendues. Or ils ont bien du mal à ne pas parler comme à la maison ou comme avec les copains lorsqu’ils sont en classe, en stage, etc. Voilà un objet d’apprentissage fort complexe : il requiert du lexique digéré, des éléments de maîtrise de la langue pensés, une analyse de l’environnement et de l’associer à ses normes. Et puis la verbalisation est associée à la prosodie. Pas facile, tout cela.

Mais même si c’est difficile pour les élèves, ils sont souvent motivés par l’apprentissage des normes des discours. C’est même une bonne porte d’entrée pour ensuite pouvoir travailler ce qu’on appelle la maîtrise de la langue, en donnant du sens à ce travail. Hier par exemple, dans le dispositif ULIS collège que je coordonne, un élève voulait une convention de stage. Il me l’a demandée, et je lui ai répondu d’aller la chercher auprès de la principale adjointe.

Panique immédiate de l’élève : « Oh non madame, allez-y, vous… »

Pourquoi cette supplique ? « Parce que je sais pas comment y faut faire et après je vais me faire disputer. Même un coup en CM1 bah je voulais dire un truc pour un autre élève et j’avais les mains dans les poches et je me suis fait défoncer, genre trop dégoûté. »

Mmmmh, je vois.

Alors nous avons travaillé sur le problème de cet élève :

  1. Quel est mon but, le message à faire passer, mon besoin ?
  2. À qui est-ce que je m’adresse ? Qui sommes-nous l’un pour l’autre ? Dans quel registre dois-je me placer ?
  3. Comment formuler mon message, en tenant compte du deuxième point ?
  4. Quelles postures puis-je adopter pour que ma façon de me comporter soit en accord avec le message, dans son fond et dans sa forme ?

Les élèves étaient très motivés et ont été efficaces et réflexifs. Ils ont travaillé de façon collective, avec mes apports de contenus : nous avons parlé de types de phrases, par exemple, et explicité du lexique. Lors de la mise en scène de chacun(e) pour poser la question visée, aucune proposition n’était la même : les élèves s’étaient approprié le propos en fonction de qui ils et elles sont. Et là, nous avons pu parler de ce que dit un comportement, en essayant de faire émerger les indices concrets qui chargent d’implicite la prise de parole.

Je pense que je devrais travailler ce type de compétences plus souvent. Là, l’occasion a fait le larron et nous n’avons pas fait du tout ce qui était prévu (de la programmation débranchée et de la logique à partir du Turing Tumble ; ce sera pour jeudi). Mais c’est vraiment une entrée concrète qui répond à un besoin, tout en me permettant d’y placer des éléments d’apprentissages curriculaires.

Et cette expérience m’a fait remonter en mémoire ce qu’a dit madame Delarue-Breton : il est clair que je ne pense pas assez la verbalisation, en tant qu’objet situé d’apprentissage. Je dois réfléchir plus profondément, et m’outiller. En tant que formatrice aussi la question m’amène à cogiter, en particulier au niveau du cycle 1. J’ai très envie d’y réfléchir.

Je suis contente : une situation professionnelle m’a permis, en m’appuyant sur un apport de conférence, d’identifier un levier de progression. J’adore.


En savoir plus sur Pierre Carrée

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire