Comme je l’ai expliqué dans un précédent article, lors du séminaire académique Collèges en progrès dans l’académie de Normandie, le 22 septembre 2026, Catherine Delarue-Breton a eu ce propos qui m’a trotté dans la tête :
Verbaliser ne sert à rien si on ne sait pas dans quel but, pour quelles conceptions. La verbalisation n’est pas une baguette magique : un dispositif sans objectifs profonds ne résout rien.
Catherine Delarue-Breton, PR sciences du langage, université de Normandie, UR DYLIS
Aujourd’hui je m’intéresse à la deuxième partie, en gras.
Cela fait un moment maintenant que j’entends des IEN, des IA-IPR, des chercheurs, des personnels de direction mettre en garde contre le recours aux « dispositifs ». Au départ, j’ai été intriguée : j’ai par exemple été formée au dispositif « Automatiser le décodage », que Valérie Vilmain avait conçu pour l’EAFC de Normandie. J’ai moi-même déployé dans mon ancien collège ce dispositif, auprès des plus faibles lecteurs, et les résultats étaient enthousiasmants. Idem dans les établissements dans lesquels j’ai formé les équipes pour qu’elles puissent à leur tour améliorer la fluence de leurs élèves les plus en difficultés. Et puis quand je parle de l’ULIS, je dis « le dispositif ULIS », ce qui fait que c’est dans mon esprit un mot positif.
Mais je comprends : il ne s’agit pas de décider que tout dispositif est dangereux ou à proscrire, bien sûr. Il s’agit d’être dans la nuance. Voilà qui tombe bien : j’aime les nuances. Les nuances se marient à merveille avec le doute, qui a également toute mon affection.
Une question est déjà de déterminer ce qu’est un dispositif, au juste. Par exemple je me suis développé un petit outil de manipulation, avec une progression et une programmation qui vont bien, pour que les élèves qui bénéficient du dispositif (!) ULIS que je coordonne apprennent le calcul littéral : réduire, développer par simple distributivité, calculer pour une valeur donnée et bientôt résoudre des équations. J’appelle cet outil un « dispositif ».

Son objectif est d’entrer dans le calcul littéral, de lui donner du sens, de contourner les difficultés de calcul et de sens des opérations, d’accéder à de l’autonomie, sans plus avoir besoin du matériel. Mais est-ce un « dispositif » ? Non, sans doute pas. C’est un outil avec du matériel associé. Un outil que je déploie différemment dans la gradation et la temporalité selon les besoins des élèves, d’ailleurs. Et peut-être est-ce là le coeur de la question : sans doute ce qui est « dangereux » c’est de formater, de normer, de déployer sans flexibilité. Si par « dispositif » on entend « on ne change pas une virgule, on fait comme ça et ça doit marcher pour tout le monde », en effet c’est mal parti.

Mais alors le dispositif « Automatiser le décodage » ? Pour le coup, il est vraiment un dispositif, au sens « on fait comme ci et comme ça et les séances s’articulent de cette façon-là ». Mais je pense qu’il demeure efficace car il s’adresse à des élèves dans une situation précise, à un moment précis de leur scolarité, et il vise un micro-objectif (hyper important cela dit) : la fluence. Nous savons que lire n’est pas avoir une bonne fluence. C’est pourquoi en parallèle de ce dispositif, Valérie animait des formations sur « la compréhension d’écrits dans toutes les disciplines », comme le fait Karine Ribot en Normandie actuellement. Peut-être qu’ « Automatiser le décodage » est un mini-dispositif ?
Ce que je retiens, c’est que :
- D’une part, je ne sais pas précisément ce qu’est un dispositif ;
- D’autre part, quoi que l’on déploie avec des élèves, il faut avoir réfléchi ses objectifs très soigneusement, et de là découlent des modalités (et pas l’inverse) ;
- Enfin, et c’est mon point préféré, enseigner n’est pas dresser, et il nous faut être prêts à faire preuve de flexibilité.
En effet en matière d’éducation, il n’y a pas de baguette magique. Il y a des pratiques inspirantes, il y a des pratiques à éviter ou à proscrire, mais il n’y a pas de bonnes-pratiques-tout-court. Tout est question de contexte et d’humains.
C’est bigrement chouette, ça.
Votre commentaire